Enseignants en hôtellerie de luxe : transmettre, expérimenter, questionner

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Enseignants en hôtellerie de luxe : transmettre, expérimenter, questionner

Professionnels de l’hôtellerie, experts de leur domaine ou managers toujours en activité, les enseignants de la Luxury Hotelschool ont des parcours différents. À travers leurs témoignages, une même vision de la pédagogie se dessine : transmettre une expérience, confronter les étudiants au réel et leur donner les clés pour développer leur propre regard sur l’hospitalité.

Pour Jean-Louis Souman, l’enseignement commence par une conviction essentielle : l’hôtellerie est avant tout une affaire de relations humaines. Avec plus de 40 ans de carrière internationale, notamment à la tête du Bristol Paris et de l’Auberge Saint-Antoine à Québec, il place cette dimension au cœur de son enseignement. « Les clients viennent pour l’hôtel, mais ils reviennent pour les gens qui y travaillent. »

Dans ses cours sur la qualité de service, le métier de directeur général ou le management international, Jean-Louis Souman insiste donc sur la gestion des équipes, le bien-être et la confiance. Sa conviction tient en une phrase : « Le rôle d’un manager, c’est d’abord d’être humain. » Et dans un secteur international, cette dimension prend une autre ampleur : « L’hôtellerie est par essence mondiale. Gérer des équipes multiculturelles n’est pas une contrainte, c’est une richesse. On apprend les uns des autres. » Cette approche donne le ton : former un futur manager ne consiste pas seulement à lui transmettre des méthodes. Il s’agit aussi de l’aider à comprendre les personnes, les situations et les environnements dans lesquels il devra exercer son métier.

Cette vision de l’hospitalité intègre aussi les transformations auxquelles le secteur est aujourd’hui confronté. Pour Marianne Fabre, dont le parcours associe hôtellerie et entrepreneuriat dans le design de luxe à Singapour, l’enseignement doit permettre de conjuguer les standards de l’excellence avec les enjeux de demain : « Transmettre l’art de l’hôtellerie de luxe tout en éclairant les voies d’un secteur plus responsable et durable. »

Pour Morade Kobzili, la transmission s’inscrit naturellement dans la continuité de son parcours. Après près de 40 ans dans l’hôtellerie internationale, notamment au sein du groupe Accor, il partage aujourd’hui avec les étudiants les situations auxquelles il a été confronté au cours de sa carrière : projets de transformation, décisions complexes, enjeux économiques et opérationnels. « L’enseignement est une suite logique pour moi. Dans mes fonctions de direction, j’ai toujours eu à cœur d’accompagner, de former, de fédérer. Aujourd’hui, je partage avec les étudiants des situations vécues, concrètes, des projets de transformation, des décisions complexes, pour qu’ils puissent se projeter, comprendre les enjeux, et trouver leur propre posture de manager. »

Cette transmission de l’expérience constitue également le point de départ de l’approche d’Aurélie Leseur. Forte de 27 ans d’expérience dans différents secteurs et de plusieurs formations de niveau Master, l’enseignante en management et ressources humaines privilégie l’interaction et le débat. « C’est au contact de professionnels aguerris que les étudiants apprennent le mieux, en intégrant rapidement des savoirs qui demanderaient des années autrement. » Mais pour elle, apprendre ne signifie pas seulement accumuler des connaissances professionnelles. Il faut aussi élargir son horizon. « Développer une culture générale solide » permet selon elle de dépasser les frontières traditionnelles de l’hôtellerie et de construire « une vision cohérente et globale ». L’expérience devient ainsi une matière pédagogique à part entière : elle permet de transmettre ce qu’aucun manuel ne peut totalement restituer, tout en donnant aux étudiants des repères pour comprendre un secteur en mouvement.

Cette transmission passe aussi par la connaissance des codes et des savoir-faire qui fondent l’excellence hôtelière. Pour Franck Roublique, expert F&B passé par l’Hôtel de Crillon, le Ritz, le George V et tant d’autres, évoluer dans des établissements de luxe permet de développer des valeurs essentielles au métier : « la rigueur, l’esprit d’équipe, le savoir-faire, le partage… ». Une culture professionnelle qu’il cherche à transmettre aux étudiants, en mettant notamment l’accent sur une dimension qui reste au cœur de l’hospitalité : « les relations humaines au cœur du service ».

Encore faut-il confronter ces connaissances au réel. Directeur de l’Hôtel Madison à Paris et intervenant auprès des étudiants de Bachelor, Bruno Alleau adopte volontairement une posture proche de celle de l’entreprise. « En dernière année de Bachelor, vous avez déjà un pied dans le monde professionnel. Je vous considère comme de futurs collaborateurs. » Son enseignement s’appuie sur des projets, du travail collectif et des situations directement inspirées des réalités du secteur. « Nous ne perdons donc pas de temps sur la rigueur, et pouvons aller directement à l’essentiel : réfléchir, décider et agir comme de futurs professionnels. » Cette mise en situation dépasse les murs de l’école. Visites d’hôtels, rencontres avec des dirigeants et découverte des coulisses permettent régulièrement aux étudiants de confronter leurs connaissances aux pratiques professionnelles. Une visite de la Maison Barrière Vendôme, par exemple, leur a permis de découvrir un établissement récent et d’échanger sur ses choix, son positionnement et son fonctionnement.

Expérimenter ne signifie pourtant pas appliquer des recettes. Pour Clément Gautier, ancien sommelier dans plusieurs établissements de luxe, l’objectif est au contraire de donner suffisamment de repères pour permettre à chacun de développer son propre jugement.

Sa comparaison est volontairement contemporaine : « Le vin, c’est un peu comme Netflix : il y a énormément de choix. Mon rôle est de leur donner des repères pour qu’ils puissent faire des choix éclairés et développer progressivement leur propre sensibilité. » Dans ses cours, dégustations, échanges et mises en situation servent ainsi à développer une expertise, mais aussi une capacité à argumenter et à dépasser les idées reçues. « Il faut savoir parler aussi bien d’une grande bouteille que d’un vin plus accessible. Comprendre les mécanismes du marketing, dépasser les idées reçues et ne jamais juger un vin à son étiquette. »

La même exigence de réflexion apparaît dans l’approche de Morade Kobzili. « Je crois à une pédagogie active et exigeante », explique-t-il. Son ambition : que les étudiants acquièrent « non seulement des compétences techniques, mais aussi un regard stratégique, une capacité d’analyse, et une véritable aisance dans les environnements multiculturels ». Former ne consiste donc pas seulement à transmettre des réponses. Il s’agit aussi d’apprendre à poser les bonnes questions, à analyser une situation et à construire son propre raisonnement.

Leurs parcours sont différents, leurs matières aussi. Mais leurs témoignages convergent sur une idée essentielle : on ne devient pas professionnel de l’hospitalité en accumulant uniquement des connaissances. Il faut apprendre à observer, expérimenter, décider, questionner, travailler avec les autres et comprendre des environnements toujours plus complexes. C’est peut-être là que se situe l’essentiel de leur rôle. Non pas transmettre un modèle à reproduire, mais donner suffisamment de connaissances, d’expérience et de confiance pour permettre à chaque étudiant de construire le sien.